• POÈME D’hier





    Philippe

     

    DESPORTES



    1546 – 1606











    VILLANELLE















    Rosette, pour un peu d'absence,

    Votre cœur vous avez changé,

    Et moi, sachant cette inconstance,

    Le mien autre part j'ai rangé;

    Jamais plus beauté si légère

    Sur moi tant de pouvoir n'aura:

    Nous verrons, volage bergère,

    Qui premier s'en repentira.



    Tandis qu'en pleurs je me consume,

    Maudissant cette éloignement,

    Vous, qui n'aimez que par coutume,

    Caressiez un nouvel amant.

    Jamais légère girouette

    Au vent si tôt ne se vira;

    Nous verrons , bergère Rosette,

    Qui premier s'en repentira.



    Ou sont tant de promesses saintes,

    Tant de pleurs versés en partant?

    Est il vrai que ces tristes plaintes

    Sortissent d'un cœur inconstant?

    Dieux, que vous êtes mensongères!

    Maudit qui soit qui plus vous croira!

    Nous verrons, volage bergère,

    Qui premier s'en repentira.



    Celui qui à gagné ma place,

    Ne vous peut aimer tant que moi;

    Et celle que j'aime vous passe

    De beauté, d'amour et de foi.

    Garder bien votre amitié neuve;

    La mienne plus ne vari(e)ra,

    Et puis nous verrons à l'épreuve

    Qui premier s'en repentira.





















    Diffusion François Beauval



    1ér trimestre 1975







    J-G-R-C-













    CITATIONS        D   27/10/2018






    19 commentaires






  • POÈME D’hier







    Jean



    BERTAUT









    1552 - 1611



    Sonnet















    Il est temps, ma belle âme, il est temps qu'on finisse

    Le mal dont vos beaux yeux m'ont quatre ans tourmenté,

    Soit rendant mon désir doucement contenté,

    Soit de ma vie un cruel sacrifice.



    Vous tenez en vos mains ma grâce et mon supplice,

    Jugez lequel des deux mon cœur a mérité:

    Car ma fidèle amour ou ma témérité:

    Veut qu'on me récompense ou bien qu'on me punisse.



    Mais si vous ne portez un cœur de diamant,

    Vous ne punirez point un misérable amant,

    De vous avoir été si longuement fidèle:



    Vu même que son mal vous doit être imputé.

    Car enfin, puis qu’Amour est fils de la beauté,

    Si c'est péché qu'aimer, c'est malheur qu’être belle.







    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-












    12 commentaires
















  • POÈME D’hier











    Antoinette





    DESHOULIERES





    1638 – 1694





















    RONDEAU

















    Entre deux draps de toile belle et bonne,



    Que très souvent on rechange, on savonne



    La jeune Iris au cœur sincère et haut,



    Aux yeux brillants, à l'esprit sans défaut,



    Jusqu’à midi volontiers se mitonne.



    Je ne combats de goûts contre personne:



    Mais franchement sa paresse m'étonne;



    C'est demeurer seule plus qu'il ne faut

     

    Entre deux draps.









    Quand à rêver ainsi l'on s'abandonne,



    Le traitre amour rarement le pardonne;



    A soupirer on s'exerce bientôt ;



    Et la veru soutient un grand assaut,



    Quand une fille avec son cœur raisonne



    Entre deux draps.























    Diffusion François Beauval



    1ér trimestre 1975











    J-G-R-C-





























     




    16 commentaires












  • POÈME D’hier





    Isaac de



    BENSERADE









    1612 - 1691



     

     

    BEAU SEIN DEJA



     

     

    PREQUE REMPLI!...















    Beau sein déjà presque rempli

    Ben qu'il ne commence qu'à poindre,

    Tétons qui ne font pas un pli

    Et qui n'ont garde de se joindre:





    De jeunesse ouvrage accompli,

    Que de fard il ne faut pas oindre;

    Si l'un est rond, dur et poli,

    L'autre l'égale et n'est pas moindre ;.





    Seins par qui les dieux sont tentés,

    Digne échantillon de beautés

    Que le jour n'a point regardées ;





    Il garantit ce qu'il promet,

    Et remplit toutes les idées

    Du paradis de Mahomet.





    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-













     

     

    Isaac de BENSERADE                  Beau sein déjà presque rempli       D    04/10/2018

     

     

     


    12 commentaires
  •  

     

     

     

    POÈME D’hier

     

    SAMAIN Albert

     

     

    1858 – 1900

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L’HERMAPHRODITE

     

     

     

     

     

    Vers l’archipel limpide, où se mirent les iles,

    L’hermaphroditenu, le front ceint de jasmin,

    Epuise ses yeux verts en un rêve sans fin ;

    Et sa souplesse torse empruntée aux reptiles,

     

    Sa cambrure élastique, et ses seins érectiles

    Suscitent le désir de l’impossible hymen.

    Et c’est le monstre éclos, exquis et surhumain,

    Au ciel supérieur des formes plus subtiles.

     

    La perversité rode ce ses courts cheveux blonds.

    Un sourire éternel, frère des soirs profonds,

    S’estompe en velours d’ombre à sa bouche imbigùe :

     

    Et sur ses pales chairs se traîne avec amour

    L’ardent soleil païen, qui l’a fait naître un jour

    De ton écume d’or, o beauté suraiguë.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     17-01-2013


    8 commentaires
  •  

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    POÈME D’hier 

     

     

    SAMAIN  Albert 

     

     

    1749 - 1791 

     

     

     

     

     

     

    LES ROSES

     

     

    DANS LA COUPE

     

     

     

     

    Lentement, doucement, de peur qu’elle brise,

    Prendre une âme, écouter ses plus secrets aveux,

    En silence, comme on caresse des cheveux ;

    Atteindre à la douceur fluide de la brise ;

     

    Dans l’ombre, un soir d’orage, où la chair s’électrise,

    Promener des doigts d’or sur le clavier nerveux ;

    Baiser l’éclat des voix ; calmer l’ardeur des feux ;

    Exalter la couleur rose à la couleur grise ;

     

    Essayer des accords mots mystérieux,

    Doux comme  le baiser de la paupière aux yeux ;

    Faire ondoyer des chairs d’or pale dans les brumes ;

     

    Et dans l’âme  que gonfle un immense soupir,

    Laisser en s’en allant comme le souvenir

    D’un grand cygne de neige aux longues, longues plumes.

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval 

    1ér trimestre 1975 

     

     

    J-G-R-C- 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    12 commentaires
  •  


     

     

     

     

    POÈME Hier

     

     

    BAUDELAIRE Charles

     

     

    1821 – 1867

     

     

     

     

     




     

     

     

     

     



    LA GÉANTE

     

     

     



    Du temps que la nature en sa verve puissante
    Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
    J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
    Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.


    J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
    Et grandir librement dans ses terribles jeux ;
    Deviner si son cœur couvre une sombre flamme
    Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;


    Parcourir a loisir ses magnifiques formes ;
    Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
    Et parfois en été, quand les soleils malsains,


    Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
    Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
    Comme un hameau paisible au pied d’une montagne.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     



    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975


    J-G-R-C

     

     

     

     

     

     

    Charles  BAUDELAIRE     La  géante      D   13/09/2018  R

     

     

    D  18-12-2016  *-*  17-04-2012


    21 commentaires






  • POÈME D’hier









    VERLAINE









    1844 - 1896



    Colloque

     

    sentimental















    Dans le vieux parc solitaire et glacé

    Deux formes ont tout à l'heure passé.



    Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,

    Et l'on entend à peine leurs paroles.



    Dans le vieux parc solitaire et glacé

    Deux spectres ont évoqué le passé.



    - Te souvient il de notre extase ancienne?

    - Pourquoi voulez vous donc qu'il m'en souvienne?



    - Ton cœur bat il toujours à mon seul nom?

    Toujours vois tu mon âme en rêve – Non.



    Ah! Les beaux jours de bonheur indicible

    - Ou nous joignions nos bouches! - C'est possible.



    - Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir!

    - L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.



    Tels ils marchaient dans les avoines folles,

    Et la nuit seule entendit leurs paroles.







    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-












    16 commentaires
  •  

     

     

     

     

     

     

     

     

    * poème  D’hier

     

    BAUDELAIRE Charles

     

     

    1821 – 1867

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LES BIJOUX

     

     La très chère était nue, et, connaissant mon cœur,

    Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,

    Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur

    Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des mores.

     

    Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,

    Ce monde rayonnant de métal et de pierre

    Me ravit en extase, et j’aime à la fureur

    Les choses ou le son se mêle à la lumière.

     

    Elle était donc couchée et se laissait aimer,

    Et du haut du divan elle souriait d’aise

    A mon amour profond et doux comme la mer,

    Qui vers elle montait comme vers sa falaise.

     

    Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté,

    D’un air vague et rêveur elle essayait des poses,

    Et la candeur unie à la lubricité

    Donnait un charme neuf à ses métamorphoses ;

     

    Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins,

    Polis comme de l’huile, onduleux comme un  cygne,

    Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins

    Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,

     

    S’avançaient, plus câlins que les anges du mal,

    Pour troubler le repos où mon âme était mise,

    Et pour le déranger du rocher de cristal

    Où, calme et solitaire, elle s’était assise.

     

    Je croyais voir unis par un nouveau dessin

    Les hanches de l’Antiope au buste d’un imberbe,

    Tant sa taille faisait ressortir son bassin.

    Sur ce teint fauve et brun le fard était superbe !

     

    Et la lampe s’étant résignée mourir,

    Comme le foyer seul illuminait la chambre,

    Chaque fois qu’il poussait un flamboyant soupir,

    Il inondait de sang cette peau de couleur d’ambre !

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

     

    J-G-R-C

     

     

     

    D  17-06-2016


    25 commentaires




















  • POÈME D’hier





    Emile

     

    VERHAEREN

     



    1855 – 1916













    LORSQUE TU



    FERMERAS



    MES YEUX















    Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière,

    Baise les longuement, car ils t'auront donné

    Tout ce qui peut tenir d'amour passionné

    Dans le dernier regard de leur ferveur dernière.







    Sous l'immobile éclat du funèbre flambeau,

    Penche vers leur adieu ton triste et beau visage

    Pour que s'imprime et dure en eux la seule image

    Qu'ils garderont dans le tombeau.





    Et que je sente, avant que le cercueil se cloue,

    Sur le lit pur et blanc se rejoindre nos mains

    Et que près de mon front sur les pales coussins,

    Une suprême fois se repose ta joue.





    Et qu'après je m'en aille au loin avec mon cœur

    Qui te conservera une flamme si forte

    Que même à travers la terre compacte et morte

    Les autres morts en sentirons l'ardeur!.







    Diffusion François Beauval



    1ér trimestre 1975







    J-G-R-C-



























     




    10 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique