•  

     

     

     

     

     

     

     

     









    POÈME D’hier







    Charles









    BAUDELAIRE









    1821 - 1867



     

     

     

     

    A UNE





    PASSANTE















    La rue assourdissante autour de moi hurlait,

    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

    Une femme passa, d'une main fastueuse

    Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;







    Agile et noble, avec sa jambe de statue.

    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

    Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,

    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.







    Un éclair...puis la nuit ! _ Fugitive beauté

    Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

    Ne te verrais je plus que dans l'éternité ?







    Ailleurs, bien loin d'ici ! Trop tard ! Jamais peut être !

    Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

    O toi que j'eusse aimée, o toi qui le savais !









    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-









     

     

     

     

     

     

     

     

     


    13 commentaires
  •  

     

     

      

     

     

     

     

     

     

     

     

     







    POÈME D’hier







    Mathurin











    REGNIER









    1573 - 1613



     

     





     LOUANGE



      de



    Macette...

     











    Belle et savoureuse Macette,

    Vous etes si gente et doucette,

    Et avez si doux regard,

    Que si nos vertus et mérites

    N'étaient en mes œuvres décrites,

    Je croirais mériter le hard(1).









    Oui, je croirais qu'on me dû pendre,

    Si je ne m’efforçais de rendre,

    Avec de double intérêts,

    Votre nom autant en estime

    Au mont des Muses par ma rime,

    Comme il est dans les cabarets.









    Puis votre amour, qui s'abandonne,

    Ne refusa jamais personne,

    Tant elle est douce à l'amitié.

    Aucun respect ne vous retarde:

    Et fût il crieur de moutarde,

    Vous en avez toujours pitié.









    Votre poil, que le temps ne change,

    Est aussi doré qu'une orange

    En plus qu'un chardon frisotté;

    Et votre tresse non confuse

    Semble à ces mèches d'arquebuse

    Qu'un cadet porte à son coté.









    Les grâces, d'amour échaudées,

    Nus pieds, sans jupes, décoiffées,

    Se tiennent toutes par la main,

    Et d'une façon sadinette

    Se branlent à l'escarpolette,

    Sur les ondes de votre sein.









    Vénus autour de vos œillades

    En cotte fait mille gambades,

    Et les amours, comme poussins,

    Ou comme oisons hors de la mue

    Qui ont mangé de la ciguë,

    Semblent danser les matassins (2).

     







    Votre œil chaud à la picorée,

    L'ébat de Vénus la dorée,

    Ne laisse rien passer sans flux;

    Et votre mine de poupée

    Prend les esprits à la pipée

    Et les appétits à la glus..

     







    Je ne m'étonne donc, Macette,

    Étant si gente et si doucette,

    Votre œil si saint et si divin,

    Si vous avez tant de pratique,

    Et s'il n'est courtaut de boutique

    Qui chez vous ne prenne du vin.









    Car sans nulle miséricorde,

    Je serais digne de la corde,

    Si d'un caprice fantastic

    Je n'allais chantant vos louanges,

    Priant Dieu, les saints, et les anges,

    Qu''il vous conserve au public.









    Ce n'est pas pourtant qu'il me chaille,

    Que chez vous la vendange faille;

    Mais je craindrai dorénavant

    Que votre vin, qui se disperse,

    Vu le longtemps qu'il est en perce,

    Se sentit un peu de l'évent.













    (1) La corde.

    (2) Danse ancienne.













    Diffusion François Beauval



    1ér trimestre 1975

















     

    J-G-R-C-





     

     







     

     

      

     

     

     


    13 commentaires










  • POÈME D’hier





    Alfred de



    MUSSET









    1810 - 1857









    L' ANdalouse



















    Avez vous vu Barcelone

    Une Andalouse au sein bruni?

    Pale comme un beau soir d'automne!

    C'est ma maîtresse, ma lionne!

    La marquesa d'Amaegui.



    J'ai bien fait des chansons pour elle,

    Je me suis battu bien souvent.

    Bien souvent j'ai fait la sentinelle,

    Pour voir le coin de sa prunelle.

    Quand son rideau tremblait au vent.



    Elle est à moi, moi seul au monde.

    Ses grands sourcils noirs sont à moi,

    Son corps souple et sa jambe ronde,

    Sa chevelure qui l'inonde,

    Plus longue qu'un manteau de roi!





    C'est à moi son beau col qui penche

    Quand elle dort dans son boudoir

    Et sa basquina sur sa hanche,

    Son bras dans sa mitaine blanche,

    Son pied dans son brodequin noir!





    Vrai dieu ! Lorsque son œil pétille

    Sous la frange de ses réseaux,

    Rien que pour toucher sa mantille,

    De par tous les saints de Castille,

    On se ferait rompre les os.



    Qu'elle est superbe en son désordre

    Quand elle tombe, les seins nus,

    Qu'on la voit, béante, se tordre

    Dans un baiser de rage, et mordre

    En criant des mots inconnus!





    Et qu'elle est folle dans sa joie,

    Lorsqu'elle chante le matin,

    Lorsqu'en tirant son bas de soie,

    Elle fait, sur son flanc qui ploie,

    Craquer son corset de satin!



    Allons, mon page, en embuscade!

    Allons ! La belle nuit d'été!

    Je veux ce soir des sérénades

    A faire damner les alcades

    De Tolose en Guadalétè!







    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-













     

     

     


     



     

     

     

    Alfred de MUSSET   l'Andalouse       D   06/03/2020

     

     

     


    10 commentaires


  •  

     

     







    POÈME D’hier









    VERLAINE









    1844 - 1896









    AUTRE















    Car tu vis en toutes les femmes

     

    Et toutes les femmes c'est toi.

     

    Et pour l'amour qui soit, c'est moi

     

    Brûlant pour toi et de mille flammes.







    Ton sourire tendre ou moqueur

     

    Tes yeux, mon styx ou mon lignon,

     

    Ton sein opulent ou mignon

     

    Sont les seuls vainqueurs de mon cœur.







    Et je mords à ta chevelure

     

    Longue ou frisée, en haut , en bas,

     

    Noir ou rouge et sur l'encolure

     

    Et là ou là _ et quel repas!







    Et je bois à tes lèvres fines

     

    Ou grosses, _ à la lèvre, toute!

     

    Et quelle ivresse en route,

     

    Diaboliques et divines!







    Car toute la femme est en toi

     

    En ce moi que tu multiplies

     

    T'aime en toute Elle et tu rallies

     

    En toi seule tout l'amour: Moi!







    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-













      

     

     

     

     

     

     

     

     


    13 commentaires












  •  

    POÈME D’hier







    Charles









    BAUDELAIRE









    1821 - 1867



     

     

     

     

    L'INVITATION





    AU VOYAGE















    Mon enfant, ma sœur,

    Songe à la douceur

    D'aller la bas, vivre ensemble! 

    Aimer à loisir,

    Aimer et mourir

    Au pays qui te ressemble!

    Les soleils mouillés

    De ces ciels brouillés

    Pour mon esprit ont les charmes

    Si mystérieux

    De tes traîtres yeux,

    Brillant à travers leurs larmes.



    Là , tout n'est qu' ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.





    Des meubles luisants,

    Polis par les ans,

    Décoreraient notre chambre;

    Les plus rares fleurs

    Mêlant leurs odeurs

    Aux vagues senteurs de l'ambre,

    Les riches plafonds,

    Les miroirs profonds,

    La splendeur orientale,

    Tout y parlerait

    A l’âme en secret

    La douce langue natale.

    Là , tout n'est qu'un ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.





    Vois sur ces canaux

    Dormir ces vaisseaux

    Dont l'humeur es vagabonde;

    C'est pour assouvir

    Ton moindre désir

    Qu'ils viennent du bout du monde.

    _ Les soleils couchants

    Revêtent les champs,

    Les canaux, la ville entière,

    D'hyacinthe et d'or;

    Le monde s'endort

    Dans une chaude lumière.





    Là, tout n'est qu' ordre et beauté,

    Luxe, calme et volupté.

     

     





    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-









     

     

     

     

     

     

     

     

     


    14 commentaires
  •  

     

     

     

     

     



    POÈME D’hier







    Estienne



    DURAND









    1586 - 1618











    PERRETTE







    ESTANT DESSUS



    L'HERBETTE















    Perrette estant dessus l'herbette



    Colin leva sa chemisette



    Et vid je ne sçay quoy de noir.



    « Ha ! Dit il, douce Perrette,



    Je te pry, laisse moi tout voir!





    _ Si tu l'avais veu, j'en suis seure,



    Tu ferays cela tout à l'heure.



    _Non, dit il, je te le promets.



    _Vrayment, dit elle, je t'asseure,



    A l'aspect de ses doux appas,



    Tu ne le verras donc jamais! »





    Colin recognoissant sa faute



    S'écria d'une voix si haute;



    « Eh bien, donc,je te le feray.



    _Lors dit elle en levant sa cotte,



    Pour cela je le montreray. »







    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-









     

     

     

     

     

     


    13 commentaires








  •  

     

     

     

     

    POÈME D’hier



     

     

     



    SAINT



    PAVIN









    1600 - 1670











    CALIXTE, PROPRE







    ET BIEN FRISEE...















    Calixte, propre et bien frisée,



    Forçant l'ordre de son destin,



    Pour venir me voir un matin



    S'estoit en page déguisée.





    La petite, assez avisée,



    Craignoit qu'en jupe de satin,



    A son teint délicat et fin,



    La porte luy fut refusée.



     

    A l'aspect de ses doux appas,



    J'arçay, je ne m'en défens pas ;



    Mais elle parut si gentille.

     



    Que pour la sauver du soupçon



    Je la traittay comme une fille



    Qui vouloit passer pour garçon.







    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-












     




    11 commentaires


















  • POÈME D’hier











    Marguerite de





    VALOIS











    [la reine MARGOT]











    1553 – 1615





















    STANCES





    AMOUREUX

















    Nos deux corps sont en toi, je ne sers plus que l'ombre;



    Que nos amis sont en toi, je ne sers que de nombre.



    Las; puisque tu es tout et que je ne suis rien,



    Je n'ai rien, ne t'ayant ou j'ai tout au contraire.



    Jusqu’à midi volontiers se mitonne.



    Avoir et tout et rien, comment se peut il faire?



    C'est que j'ai tous les maux et je n'ai point de bien.









    J'ai un ciel de désir, un monde de tristesse,



    Un univers de maux, mille feux de détresse,



    Un Etna de sanglots et une mer de pleurs.



    J'ai mille jours d'ennuis, mille nuits de disgrâce,



    Un printemps d'espérance et un hiver de glace;



    De soupirs un automne, un été de chaleurs.









    Clair soleil de mes yeux, si je n'ai ta lumière,



    Une aveugle nuée ennuite ma paupière,



    Une pluie de pleurs découle de mes yeux.



    Les clairs éclairs d'Amour, les éclats de sa foudre,



    Entre fendent mes nuits et m'écrasent en poudre:



    Quand j'entonne mes cris, lors j'étonne les cieux. 









    Belle âme de mon corps, bel esprit de mon âme,



    Flamme de mon esprit et chaleur de ma flamme,



    J'envie à tous les vifs, j'envie à tous les morts.



    Ma vie, si tu vis, ne peut être ravie,



    Vu que ta vie est plus la vie de ma vie,



    Que ma vie n'est pas la vie de mon corps!









    Je vis par et pour toi, ainsi que pour moi même:



    Je vis par et pour moi, ainsi que pour moi même:



    Nous n'aurons qu'une vie et n'aurons qu'un trépas.



    Je ne veux pas ta mort, je désire la mienne.



    Mais ma mort est ta mort et ma vie est la tienne:



    Ainsi je veux mourir, et je ne le veux pas!...













    Diffusion François Beauval



    1ér trimestre 1975











    J-G-R-C-




























    11 commentaires












  • POÈME D’hier



    Paul ELUARD





    1895 – 1952





















    L'unique









    Elle avait dans la tranquillité de son corps

     

    Une petite boule de neige couleur d’œil

     

    Elle avait sur les épaules

     

    Une tache de silence une tache de rose

     

    Couvercle de son auréole

     

    Ses mains et des arcs souples et chanteurs

     

    Brisaient la lumière.

     

     

     





     Elles chantaient les minutes sans s'endormir.























    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     



    J-G-R-C-










     


     


    16 commentaires
  •  

     

     

     

     

     

     

     

     POÈME  D’hier

     

     

    Clément MARROT

     

     

    1496 – 1544

     

     

     

     

     

     

     

    VOLONTIERS,

     

     EN CE MOIS…

     

     

     

     

    Volontiers en ce mois ici

     

    La terre mue et renouvelle,

     

    Maint amoureux en sont ainsi

     

    Sujet à faire amour nouvelle

     

    Par légèreté de cervelle,

     

    Ou pour être ailleurs plus contents ;

     

    Ma façon d’aimer n’est pas telle,

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

    N’y a si belle dame aussi

     

    De qui la beauté ne chancelle ;

     

    Par temps, maladie ou souci,

     

    Laideur les tire en sa nacelle ;

     

    Mais rien ne peut enlaidir celle

     

    Que servir sans fin je prétends ;

     

    Et pour ce qu’elle est toujours belle,

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

    Celle dont je dis tout ceci,

     

    C’est vertu, la nymphe éternelle,

     

    Qui au mont d’honneur éclairci

     

    Tous les vrais amoureux appelle,

     

    «  Venez amants, venez dit elle,

     

    Venez à moi je vous attends :

     

    Venez, ce dit la jouvencelle,

     

    Mes amours durent en tout temps. »

     

     

     

     

     

    ENVOI

     

     

     

    Prince, fait amie immortelle

     

    Et à la bien aimer entends,

     

    Lors pourra dire sans cautelle :

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

     

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

    R D  31/08/2017   R D  03-12-2015


    9 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique