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    POÈME D’hier

     

     

    CHAULIEU

     

    1639 - 1720

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    APOLOGIE

     

     DE

     

    L’INCONSTANCE

     

     

     

     

     

    Loin de la route ordinaire,

    Et du pays des Romans,

    Je chante, aux bords de Cythère,

    Les seuls volages amants ;

    Et viens, plein de confiance,

    Annoncer la vérité

    Des charmes de l’inconstance,

    Et de l’infidélité.

     

     

    Que servirait l’art de plaire,

    Sans le plaisir d’en changer ?

    Et que peut on dire et faire

    Toujours au même berger ?

    Pour les beautés infidelles

    Est fait le don de charmer ;

    Et ce ne fut que pour elles

    Qu’Ovide fit  « l’art d’aimer ».

     

     

    La beauté qui vous fait naître,

    Amour, passe en un moment ;

    Pourquoi voudriez vous être

    Moins sujet au changement ?

    C’est à l’éclat de la rose

    Vouloir la solidité,

    Et toujours même beauté

    Qu’au moment qu’elle est éclose.

     

     

    Aimons donc, changeons sans cesse ;

    Chaque jour nouveaux désirs :

    C’est assez que la tendresse

    Dure autant que les plaisirs.

    Dieux ! Ce soir qu’Iris est belle !

    Son cœur, dit elle est à moi ;

    Passons la nuit avec  elle,

    Mais comptons peu sur sa foi.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     17-01-2017


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    POÈME D’hier

     

     

    Comtesse

     

     

    De NOAILLES

     

     

    1876 - 1933 

     

     




     

     

     

     

     

     

     


    SOIR

     

    SUR LA TERRASSE

     

     

     

     



     

    Nous sommes seuls ; puisque tu m’aimes,

    J’aurai peur si je vois tes yeux ;

    Evitons la douceur suprême ;

    Ne restons pas silencieux.

     

    La terrasse est comme un navire ;

    Qu’il fait chaud sur la mer ce soir,

    On meurt de soif et l’on respire

    L’ombre noire du jardin noir.

     

    Les aloès fleuris s’élancent.

    Ecarte de moi si tu peux

    Tous ces parfums, tous ces silences,

    Qui s’accumulent peu à peu ;

     

    On entend rire sur la place,

    Je sens, à tes yeux, que tu crois

    Que ce sont des corps qui s’enlacent :

    Ce soir, tout est désir pour toi.

     

    L’acre odeur des filets de pêche

    Pénètre l’humble nuit qui dort.

    Sur ma main pose ta main fraîche

    Pour que je puisse vivre encor...

     

     

     


    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

    J-G-R-C- 

     



     

     

     

     

     


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    POÈME D’hier 

     

     

    SAMAIN  Albert 

     

     

    1749 - 1791 

     

     

     

     

     

    1/4 

     

    DESTINS

    Fragment (1) 

      

      

      

    O femme, chair tragique, exquisement amère,

    Femme, notre mépris sublime et notre Dieu,

    O monstre de douceur et cavale de feu,

    Qui galope plus vite encore que la chimère.

     

    Femme, qui nous attend dans l’ombre au coin du bois,

    Quand, chevaliers d’avril, en nos armures neuves

    Nous allons vers la vie, et descendons les fleuves

    En bateaux pavoisés, le rameau vert aux doigts.

     

    L’oriflamme Espérance aux fraîcheurs matinales

    Ondule, et nous ouvrons dans le matin sacré

    Nos yeux brillants encor de n’avoir pas pleuré,

    Nos yeux promis un jour à tes fêtes fatales

     

     

     

    1/4 

     

     

     

    Diffusion François Beauval 

    1ér trimestre 1975 

     

    J-G-R-C- 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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    OLIVIER DE MAGNY     ANNE POUR BAISER...          D   05/09/2017

     

     

     

     

     

    POÈME D’HIER


     

     

    Olivier de  MAGNY

     

     

    1528 - 1577

     

     

     

     



     

     

    A  ANNE

     

     

    POUR BAISER…

     



     

    Anne, je vous supplie, à baiser apprenez,

    A baiser apprenez, Anne, je vous supplie ;

    Car parmi les plaisirs qu’en amour on publie

    Les baisers sont divins quand ils sont bien donnés.

     

    Je suis, et comme moi, plusieurs sont étonnés,

    Ayant ainsi la bouche en beauté accomplie,

    Et de si bonne odeur l’ayant ainsi remplie,

    Qu’à baiser un peu mieux vous ne vous adonnez.

     

    Ce n’est pas tout que d’être ensemble, bec à bec,

    Les lèvres se pressant d’un baiser toujours sec,

    Il faut que l’une langue avec l’autre s’assemble.

     

    Ores, à son ami, doucement la donnant,

    Ores, de son ami, doucement la prenant,

    La suçant, étreignant et mordant tout ensemble.

     

     

     

     

     

     



    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975




     

    J-G-R-C-



     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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     POÈME  D’hier

     

     

    Clément MARROT

     

     

    1496 – 1544

     

     

     

     

     

     

     

    VOLONTIERS,

     

     EN CE MOIS…

     

     

     

     

    Volontiers en ce mois ici

     

    La terre mue et renouvelle,

     

    Maint amoureux en sont ainsi

     

    Sujet à faire amour nouvelle

     

    Par légèreté de cervelle,

     

    Ou pour être ailleurs plus contents ;

     

    Ma façon d’aimer n’est pas telle,

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

    N’y a si belle dame aussi

     

    De qui la beauté ne chancelle ;

     

    Par temps, maladie ou souci,

     

    Laideur les tire en sa nacelle ;

     

    Mais rien ne peut enlaidir celle

     

    Que servir sans fin je prétends ;

     

    Et pour ce qu’elle est toujours belle,

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

    Celle dont je dis tout ceci,

     

    C’est vertu, la nymphe éternelle,

     

    Qui au mont d’honneur éclairci

     

    Tous les vrais amoureux appelle,

     

    «  Venez amants, venez dit elle,

     

    Venez à moi je vous attends :

     

    Venez, ce dit la jouvencelle,

     

    Mes amours durent en tout temps. »

     

     

     

     

     

    ENVOI

     

     

     

    Prince, fait amie immortelle

     

    Et à la bien aimer entends,

     

    Lors pourra dire sans cautelle :

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

     

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     03-12-2015


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    POEME  D'hier

    GAUTIER  Théophile

     

    1811 – 1872  



     

     

    CARMEN



    Carmen est maigre ;-un trait de bistre


    Cerne son œil de gitana,


    Ses cheveux sont d’un noir sinistre,


    Sa peau, le diable la tanna.



    Les femmes disent qu’elle est laide,


    Mais tous les hommes en sont fous,


    Et l’Archevêque  de Tolède


    Chante la messe à ses genoux ;

     

     


    Car sur sa nuque d’ambre fauve


    Se tord un énorme chignon


    Qui, dénoué, fait dans l’alcôve


    Une mante a son corps mignon.



    Et parmi sa pâleur, éclate


    Une bouche au rire vainqueur ;


    Piment rouge, fleur écarlate,


    Qui  prend sa pourpre au sang des cœurs.



    Ainsi faite, la moricaude


    Bat les plus altières beautés,


    Et de ses yeux la lueur chaude


    Rend la flamme aux satiétés.

     

     


    Elle a, dans sa laideur piquante,


    Un grain de sel de cette mer


    D’où jaillit, nue et provocante,


    L’acre Vénus du gouffre amer !




    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975


    J G R C




     

     

     

     


     07/06/2016

     


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    POEME D’hier

     

     

    VOLTAIRE

     

     

     

     

    1694 – 1778


     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    A MADAME

     

    DU CHATELET

     

     

     

     

     




    Si vous voulez que je vous aime,
     

    Rendez moi l’age des amours ;
     

    Au crépuscule de mes jours
     

    Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.


    Des beaux lieux ou le dieu du vin
     

    Avec l’amour tient son empire,
     

    Le temps, qui me prends par la main,
     

    M’avertit que je me retire.


     

    De son inflexible rigueur
     

    Tirons au moins quelque avantage.
     

    Qui n’a pas l’esprit de son age,
     

    De son age a tout le malheur.


     

    Laissons à la belle jeunesse


    Ses folâtres emplacements :
     

     

    Nous ne vivons que deux moments;

     

     

    Qu’il en soit un pour la sagesse.


    Quoi ! pour toujours vous me fuyez.


    Tendresse, illusion, folie,


    Dons du ciel, qui me consoliez


    Des amertumes de la vie !


    On meurt deux fois, je le vois bien :


    Cesser d’aimer et d’être aimable,


    C’est une mort insupportable ;


    Cesser de vivre, ce n’est rien.


    Ainsi je déplorais la perte


    Des erreurs de mes premiers ans ;


    Et mon âme, aux désirs ouverte,


    Regrettait ses égarements.


    Du ciel alors daignant descendre,


    L’amitié vint à mon secours ;


    Elle était peut être aussi tendre,


    Mais moins vive que les amours.


    Touché de sa beauté nouvelle,


    Et sa lumière éclairée,


    Je la suivis ; mais je pleurai


    De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

     

     

     

     

     



    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

     

     

     

     

    J G R C

     

     

     

     



    D 18-03-2014*/* 30-12-2016


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