• POÈME D’hier



    Paul ELUARD





    1895 – 1952





















    L'unique









    Elle avait dans la tranquillité de son corps

     

    Une petite boule de neige couleur d’œil

     

    Elle avait sur les épaules

     

    Une tache de silence une tache de rose

     

    Couvercle de son auréole

     

    Ses mains et des arcs souples et chanteurs

     

    Brisaient la lumière.

     

     

     





     Elles chantaient les minutes sans s'endormir.























    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     



    J-G-R-C-










     


     


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     POÈME  D’hier

     

     

    Clément MARROT

     

     

    1496 – 1544

     

     

     

     

     

     

     

    VOLONTIERS,

     

     EN CE MOIS…

     

     

     

     

    Volontiers en ce mois ici

     

    La terre mue et renouvelle,

     

    Maint amoureux en sont ainsi

     

    Sujet à faire amour nouvelle

     

    Par légèreté de cervelle,

     

    Ou pour être ailleurs plus contents ;

     

    Ma façon d’aimer n’est pas telle,

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

    N’y a si belle dame aussi

     

    De qui la beauté ne chancelle ;

     

    Par temps, maladie ou souci,

     

    Laideur les tire en sa nacelle ;

     

    Mais rien ne peut enlaidir celle

     

    Que servir sans fin je prétends ;

     

    Et pour ce qu’elle est toujours belle,

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

    Celle dont je dis tout ceci,

     

    C’est vertu, la nymphe éternelle,

     

    Qui au mont d’honneur éclairci

     

    Tous les vrais amoureux appelle,

     

    «  Venez amants, venez dit elle,

     

    Venez à moi je vous attends :

     

    Venez, ce dit la jouvencelle,

     

    Mes amours durent en tout temps. »

     

     

     

     

     

    ENVOI

     

     

     

    Prince, fait amie immortelle

     

    Et à la bien aimer entends,

     

    Lors pourra dire sans cautelle :

     

    Mes amours durent en tout temps.

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

     

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

    R D  31/08/2017   R D  03-12-2015


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  • POÈME D’hier



     

     

    Comtesse de NOAILLES





    1876 – 1933





















    Les saisons

     

     

    de l'amour









    Le gazon soleilleux est plein

     

    De campanules violettes,

     

    Le jour las et brûle halette,

     

    Et pend aux ailes des moulins.

     







    La nature, comme une abeille,

     

    Est lourde de miel et d'odeur,

     

    Le vent se berce dans les fleurs

     

    Et tout l'été luisant sommeille.

     







    _O gaîté claire du matin

     

    Où l’âme, simple dans sa course,

     

    Est dansante comme une source

     

    Qu'ombragent des brins de plantain!

     







    De lumineuses araignées

     

    Glissent au long d'un fil vermeil,

     

    Le cœur dévide du soleil

     

    Dans la chaleur d'ombre baignée.

     







    _Ivresse des midis profonds,

     

    Coteaux roux ou grimpent des chèvres,

     

    Vertige d'appuyer les lèvres

     

    Au vent qui vient de l'horizon;

     







    Chaumières debout dans l'espace

     

    Au milieu des seigles ployés,

     

    Ayant des plants de groseilliers

     

    Devant la porte large et basse...

     







    _Soirs lourds ou l'air est assoupi,

     

    Où la moisson pleine est penchante,

     

    Où, l’âme, chaude est délirante,

     

    Est lasse comme les épis.

     







    Plaisir des aubes de l'automne,

     

    Où bondissant d'élans naïfs,

     

    Le cœur est comme un buisson vif

     

    Dont toutes les feuilles frissonnent!

     







    Nuits molles de désirs humains,

     

    Corps qui pliez comme des saules,

     

    Mains qui s'attachent aux épaules,

     

    Yeux qui pleurent au creux des mains.

     





    _O rêves des saisons heureuses,

     

    Temps ou la lune et le soleil

     

    Écument en rayons vermeils

     

    Au bord des âmes amoureuses...

     















    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     



    J-G-R-C-

     

     











     




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    POÈME D’hier

     

     

    Alfred de MUSSET

     

     

    1810 – 1857

     

     

     

     

    CHANSON

     

     

    J’ai dit à mon cœur, mon faible cœur :

    N’est ce point assez d’aimer sa maîtresse ?

    Et ne vois tu pas que changer sans cesse,

    C’est perdre en désirs le temps du bonheur ?  

     

    Il m’a répondu : ce n’est point assez,

    Ce n’est point assez d’aimer sa maîtresse ;

    Et ne vois tu pas que changer sans cesse

    Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?

     

    J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :

    N’est ce point assez de tant de tristesse ?

    Et ne vois tu pas que changer sans cesse,

    C’est à chaque pas trouver la douleur ?

     

    Il m’a répondu : ce n’est point assez,

    Ce n’est point assez de tant de tristesse ;

    Et ne vois tu pas que changer sans cesse,

    Nous rend doux et chers les chagrins passés ?

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

    J-G-R-C- 

     

     

     

     

     

     

     


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  • POÈME D’hier















    Arthur











    RIMBAUD









    1854 – 1891







     

     

     

     

     

     



    ROMAN







    I 








     



    On n'est pas sérieux quand on a dix sept ans.


    Un beau soir,_ foin des bocks et de la limonade,


    Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !_


    On va sous les tilleuls verts de la promenade.









    Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin.


    L'air est parfois si doux qu'on ferme la paupière.


    Le vent chargé de bruits_ la ville n'est pas loin_


    A des parfums de vigne et des parfums de bière.





    II




    Voila qu'on aperçoit un tout petit chiffon


    D'azur sombre encadré d'une petite branche,


    Piqué d'une mauvaise étoile qui se fond


    Avec de doux frissons, petite et toute blanche.







     

    Nuit de juin ! Dix sept ans !... On se laisse griser.


    La sève est du champagne et vous monte la tête.


    On divague; on se sent aux lèvres un baiser


    Qui palpite, là comme une petite bête.


     



    III

     

     

    Le cœur fou robinsonne à travers les romans,


    Lorsque, dans la clarté pale d'un réverbère,


    Passe une demoiselle aux petits airs charmants


    Sous l'ombre de faux col effrayant de son père.

     

     

     



    Et comme elle vous trouve immensément naïf.


    Tout en faisant trotter ses petites bottines,


    Elle se tourne alerte et d'un mouvement vif.


    Sur vos lèvres, alors meurent les cavatines.





    IV



     

    Vous êtes amoureux, loué jusqu'au mois d’août.


    Vous êtes amoureux, vos sonnets le font rire.


    Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût !


    _ Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire.





     

     

    Ce soir là, vous rentrez aux cafés éclatants,


    Vous demandez des bocks ou de la limonade...


    On n'est pas sérieux quand on a dix sept ans


    Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade. 








     

    Diffusion François Beauval



    1ér trimestre 1975
















     

     

     

    J-G-R-C-

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     




     




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  • POÈME D’hier







    Antoine de







    BERTIN









    1752 - 1790











    A





    EUCHARIS















    Du nom qui pare mes écrits

    Ne soyez donc plus alarmée:

    Ces vous que je nomme Eucharis,

    O vous, des beautés de Paris

    La plus belle et la mieux aimée!

    Cachons nos voluptés secrètes;

    Vous me feriez trop d'envieux

    Si l'on sait jamais qui vous êtes.

    C'est vous que, sous des noms divers,

    Mes premiers chants ont célébrée;

    Eucharis dans mes derniers vers

    Restera seule consacrée.

    Ah ! Puissent nos deux noms tracés

    Sur l'agate blanche et polie,

    Par Vénus être un jour placés

    Sous les ombrages d'Idalie,

    Parmi les chiffres enlacés

    Et de Tibulle et de Délie!

    Dans l'art de plaire et d’être heureux

    Ils nous ont servi de modèles:

    Soyons encore plus amoureux,

    Hélas! Et surtout plus fidèles!







    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-












     



     

     

     

     

    LE PASSAGE DE TEMOIN:   D   01/01/2020

     

     

    LE PASSAGE DE TEMOIN:   D   01/01/2020

     

     

    BONS VŒUX  A TOUS

     

     

    Santé - Prospérité - Bonheur

     

     

     J-G-R-C- 2019

     

      

     

     

     


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  • POÈME D’hier











    MOLIERE









    1622 - 1673



     

     

    LE









    MISANTHROPE



     

     

     

     

    ( II , 5 )









    L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois.

    Et l'on voit des amants vanter toujours leur choix.

    Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,

    Et dans l'objet aimé tout leur devient aimable;

     

    Ils comptent les défauts pour des perfections,

    Et savent y donner de favorables noms.

    La pale est au jasmin en blancheur comparable:

    La noire à faire peur,une brune adorable;

     

    La maigre a de la taille et de la liberté;

    La grasse est, dans son port, pleine de majesté;

    La malpropre sur so, de peu d'attraits chargée,

    Est mise sous le nom de beauté négligée;

     

    La géante paraît une déesse aux yeux;

    La naine, un abrégé des merveilles des cieux;

    L’orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne;

    La fourbe a de l'esprit : la sotte est toute bonne;

     

    La trop grande parleuse est d'agréable humeur;

    Et la muette garde une honnête pudeur.

    C'est ainsi qu'un amant, dont l'ardeur est extrême,

    Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.











    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975















    J-G-R-C-













    MOLIERE                          Le misanthrope  ( II , 5 )              D     24/12/2019

     




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  • POÈME D’hier







    Angot de







    L'EPERONNIERE









    XVII e siècle



     

     

     

     

    SUR LE CUL









    D'UNE









    DAMOISELLE















    Beau cul de marbre vif dont l'amour fête sa gloire



    Cul dont les doux regars sont d'attrès ambellis,



    Cul qui par de sur tout oblige mes écrits



    De sacrer vos honeurs au temple de mémoire.







    Cul sur tout les culs remporte la victoire,



    Cul qui passe en blancheur et la rose et les lis,



    Cul de qui le mérite oblige mes écrits



    De sacrer vos honeurs au temple de mémoire.







    Beau cul, bien que tant d'heur se marque assés en vous,



    Ce n'est pas le sujet qui fait qu'aux yeux de tous



    J'étale en ces écrits vos beautés que j'admire ;



    Mais surtout je vous aime, O beau cul tout divin,



    Pour estre le plus proche et l'unique voisin



    De ce doux Paradis où l'amour se retire.











    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-














     




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  • POÈME D’hier







    Jean







    MOREAS









    1856 - 1910



    D'OU VIENT







    CETTE AUBADE





    CALINE















    D'où vient cette aubade câline

    Chantée - on eût dit – en bateau,

    Où se mêle un pizzicato

    De guitare et de mandoline?







    Pourquoi cette chaleur de plomb

    Où passent des senteurs d'orange,

    Et pourquoi la séquelle étrange

    De ces pèlerins à froc blond?







    Et cette dame, quelle est elle,

    Cette dame que l'on dirait

    Peint par le vieux Tintoret

    Dans sa robe de brocatelle?







    Je me souviens, je me souviens:

    Ce sont des défuntes années,

    Ce sont des guirlandes fanées

    Et ce sont des rêves anciens!







    Diffusion François BEAUVAL



    1ér trimestre 1975









    J-G-R-C-









     




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  • POÈME D’hier











    Hortense de





    VILLEDIEU





    1632 – 1683





















    L'AMOUR

     

     

    CONJUGAL















    Il est des maris si charmants,



    Qu'ils peuvent être époux, sans cesse d’être amants.



    Lorsqu'une âme tendre a l'adresse



    D'assembler les devoirs de femme et de maîtresse,



    Ceux d'amant et d'époux s'assemblent à leur tour.



    Quand par la loi du cœur une main s'est donnée,

     

    Le ciel n'a pas fait l'hyménée

     

    Pour etre, comme on dit, le tombeau de l'amour.

















    Diffusion François Beauval



    1ér trimestre 1975











    J-G-R-C-






















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