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    POEME D’hier

     

     

     

    DORAT

     

    1734 - 1780

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LES BAISERS :

     

    LA FAUSSE PUDEUR

     

     

     

     

     

    Pourqui donc, matrones austères,

     

    Vous alarmez de mes accents ?

     

    Vous, jeunes filles trop sévères,

     

    Pourquoi redoutez vous mes chants ?

     

    Ai-je peint les enlèvements,

     

    Des passions les noirs orages

     

    Qui naissent aux cœurs des amants ?

     

    Le célèbre des jeux  paisibles,

     

    Qu’en vain on semble mépriser,

     

    Les vrais biens des âmes sensibles,

     

    Le doux mystère du baiser.

     

    Ma plume rapide et naive

     

    Ecrit ce qu’on sent en aimant :

     

    L’image n’est jamais lascive,

     

    Quand elle exprime en sentiment.

     

    Mais, quelle rougeur imprévue !

     

    Quoi ! Vos blâmez ces doux loisirs,

     

     

    Et n’osez reposer la vue

     

    Sur le tableau de nos plaisirs !...

     

    Profanes, que l’amour offense,

     

    Qu’effarouche la volupté,

     

    La pudeur a sa fausseté,

     

    Et le baiser son innocence.

     

    Ah ! Fuyez, fuyez loin de nous ;

     

    N’approchez point de ma maîtresse :

     

    Dans ses bras, Thaïs me presse.

     

    Et, par les transports les plus doux,

     

    Me communique son ivresse,

     

    Thais est plus chaste que vous.

     

    Ce zèle, ou votre cœur se livre,

     

    N’est que le masque du moment :

     

    Ce que vous fuyez dans un livre,

     

    Vous le cherchez dans un amant.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     

     

     29-03-2012


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    POEME D’hier

     

     

     

    GENTIL BERNARD

     

    1710 – 1775


     

     

     

     

     

     

     

     

     




    TA BOUCHE

     

    EST PARFUMEE



    Dieu que ta bouche est parfumée !


    Donne moi donc vite un baiser.


    Encore un, o ma bien aimée.


    De quel feu dévorant je me sens embraser !


    Prends ! sois heureux : en voila vingt bathile,


    En voila trente, en voila cent en sus.


    Est-ce assez ? - non. - je t’en donne encore mille.


    Es tu content ?  - las je brûle encore plus !


    Et combien donc, Ingrat, pour apaiser ta flamme


    Te faut il aujourd’hui de baisers amoureux?


    Autant répondis je, o mon âme,


    Que septembre mûrit sur les coteaux pierreux


    De Pomar ou d’Artois, de raisins savoureux :


    Autant qu’on voit d’épis jaunissants dans la plaine,


    Ou de grains entassés dans le sable des mers ;


    Autant qu’on voit briller dans une nuit sereine


    D’étoiles, de soleils et de mondes divers.


    Quand tu m’en donnerais dès la naissance aurore,


    Quand tu m’en donnerais jusqu‘au déclin du jour,


    Plus altéré, le soir, le soir, mourant d’amour,


    Je t’en demanderai encore.

     

     

     

     

     

     



    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975


    J-G-R-C
     

     

     

     

     

     

     

     

     

    BERNARD  GENTIL: Ta bouche est parfumée             D     12/05/2016

     

     

     


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    POEME D’hier

     

     

    CHARLES D’ORLEANS

     

     

    1391 – 1465


     

     

     

     

     

     

     

     

     



    CHANSON

     

     

     



    Que me conseillez vous, mon cœur ?


    Irai  je  par devers la belle


    Lui dire la peine mortelle


    Que souffrez pour elle en douleur ?

     



    Pour votre bien et son honneur,


    C’est droit que votre conseil cèle  (1)?


    Que me conseillez vous, mon cœur .


    Irai je par devers la belle?

     



    Si pleine la sais de douceur


    Que trouverai merci en elle,


    Tôt en aurez bonne nouvelle.


    J’y vais, n’est ce pour le meilleur ?

     

     

    Que me conseillez vous mon cœur ?


    (1) cache

     

     




    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975






     

    J-G-R-C

     

     

     

     

     

    11-03-2012 

     


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    POEME D’hier

     

     

    Henri de REGNIER

     

     

    1864 – 1936

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    ELVIRE AUX

     

     YEUX BAISSES

     

     

     

    Quand le désir d’amour écarte ses genoux

    Et que son bras plié jusqu’à sa bouche attire,

    Tout à l’heure si clairs, si baissés et si doux,

    On ne reconnaît plus les chastes yeux d’Elvire.

     

    Eux qui s’attendrissaient aux roses du jardin

    Et cherchaient une étoile à travers le feuillage,

    Leur étrange regard est devenu soudain

    Plus sombre que la nuit et plus noir que l’orage.

     

    Toute Elvire à l’amour prend une autre beauté,

    D’un souffle plus ardent s’enfle sa gorge dure,

    Et son visage implore avec félicité

    La caresse trop longue et le plaisir qui dure…

     

    C’est en vain qu’à sa jambe elle a fait, sur sa peau,

    Monter le bas soyeux et que la cuisse ajuste,

    Et qu’elle a, ce matin avec un soin nouveau,

    Paré son jeune corps délicat et robuste.

     

    La robe, le jupon, le linge, le lacet,

    Ni la boucle ne l’ont cependant garantie

    Contre ce feu subtil, langoureux et secret

    Qui la dresse lascive et l’étend alanguie.

     

    Elvire ! Il a fallu, pleine de déraison,

    Qu’au grand jour, a travers la ville qui vous guette,

    Peureuse, vous vinssiez  obéir aux frissons

    Qui brûlait sourdement votre chair inquiète ;

     

    Il a fallu laisser tomber de votre corps

    Le corset au long busc et la souple chemise

    Et montrer à des yeux, impurs en leurs transports,

    Vos yeux d’esclave heureuse, accablée et soumise.

     

    Car, sous le rude joug de l’amour souverain,

    Vous n’êtes plus l’Elvire enfantine et pudique

    Qui souriait naïve aux roses du jardin

    Et qui cherchait l’étoile au ciel mélancolique.

     

    Maintenant le désir écarte vos genoux,

    Mais quand, grave, contente, apaisée et vêtue,

    Vous ne serez plus la, vous rappellerez vous

    Mystérieusement l’heure ou vous étiez nue ?

     

    Non ! Dans votre jardin, doux a vos pas lassés,

    Ou, parmi le feuillage, une étoile palpite,

    De nouveau, vous serez Elvire aux yeux baissés

    Que dispense l’oubli du soin d’être hypocrite.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     

     

     18-02-2012


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    POEME D’hier

     

    MOLINET Jean

     

    + 1507

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    CESTE FILLETTE

     

     

    Ceste fillette à qui le tétin poinct,

    Qui est tant gente et a les yeulx si vers,

    Ne luy soyez ne rude ne pervers,

    Mais la traictez doulcement et à poinct.

    Despouillez vous et chemise et pour poinct

    Et la gectez sur ung lict à l’envers,

    Ceste fillette.

    Après cela, si vous estes en poinct,

    Accollez la de long et de travers,

    Et si elle a les deux genoulx ouvers

    Donnez dedans et ne l’espargnez poinct,

    Ceste fillette.

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     04-03-2012


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    POEME D’hier

     

     

     

    JAMMES Francis

     

     

     

    1868 - 1938

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    TU SERAS NUE…

     

     

     

     

     

    Tu seras nue dans le salon aux vieilles choses,

    Fine comme un fuseau de roseau de lumière,

    Et les jambes croisées, auprès du feu rose,

    Tu écouteras l’hiver.

     

     

    A tes pieds, je prendrais dans mes bras tes genoux.

    Tu souriras, plus gracieuse qu’une branche d’osier,

    Et, posant mes cheveux à ta hanche douce,

    Je pleurerais que tu sois si douce.

     

     

    Nos regards orgueilleux se feront bons pour nous,

    Et, quand je baiserais ta gorge, tu baisseras

    Les yeux en souriant vers moi et laisseras

    Fléchir ta nuque douce.

     

     

    Puis, quand viendra la vieille servante malade

    et fidèle

    Frapper à la porte en nous disant : le dîner est servi,

    Tu auras un sursaut rougissant, et ta main frêle

    Préparera ta robe grise.

     

     

    Et tans dis que le vent passera sous la porte,

    Que ta pendule usée sonnera mal,

    Tu mettras tes jambes au parfum d’ivoire

    Dans leurs petits étuis noirs.

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Francis  JAMMES  Tu seras nue...             D   25/03/2016

     

     


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    Charles   BAUDELAIRE   Don juan aux enfers

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


     

     

    POEME D’hier

     

     

    BAUDELAIRE Charles

     

     

     

     

     

    1821 – 1867

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


     DON JUAN


    AUX ENFERS


    Quand Don Juan descendit vers l’onde souterraine

     

    Et lorsqu’il eut donné son obole a Charon.


    Un sombre mendiant, l’œil fier comme Antisthène,


    D’un bras vengeur et fort saisit chaque aviron.


    Montrant leurs seins pendants et leurs robes ouvertes,


    Des femmes se tordaient sous le noir firmament,


    Et, comme un grand troupeau de victimes offertes,


    Derrière lui traînaient un long mugissement.


    Sganarelle en riant lui réclamait ses gages,


    Tandis que Don Luis avec un doigt tremblant


    Montrait à tous les morts errant sur les rivages


    Le fils audacieux qui railla son front blanc.


    Frissonnant sous son deuil, la chaste et maigre Elvire,


    Près de l’époux perfide et qui fut son amant,


    Semblait lui réclamer un suprême sourire


    Où brillait la douceur de son premier serment.


    Tout droit dans son armure, un grand homme de pierre


    Se tenait à la barre et coupait le flot noir;

     

    Mais le calme héros, courbé sur sa rapière,

     

    Regardait le sillage et ne daignait rien voir.

     

     

     



    diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975

     

     


    J-G-R-C


     

     

     

     

     

     

     26-02-2012


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    Henri de  REGNIER   Si je vous dis ce soir

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     POEME D’hier

     

     

    REGNIER Henri de

     

     

     

    1864 – 1936

     

     

     
    SI JE VOUS DIS,


     CE SOIR.

     

     



     

     

    Si je vous dis, ce soir, en respirant ces roses
    Qui  ressemblent au sang que l’on répand pour lui:
    L’amour est la  dans l’ombre et son pied nu se pose
    Sur le rivage obscur du fleuve de la nuit.


    Si je vous dis : l’amour est ivre et taciturne
    Et son geste ambigu nous trompe, car souvent
    Il écrase une grappe au bord rougi de l’urne
    Dont il verse la cendre aux corbeilles du vent.


    Successif ouvrier de bonheur et de peine,
    Il ourdit tour à tour sur le meme fuseau
    Les deux fils alternés de l’une et l’autre laine
    Qu’il emmèle,débrouille et confond de nouveau.


    Prenez garde, l’amour est vain et n’est qu’une ombre,
    Qu’il soit nu de lumière ou soit drapé de nuit,
    Et redoutez sa vue étincelante ou sombre
    Lorsque sur le chemin vous passez près de lui.


    Fermez vos yeux prudents si vous croyez l’entendre
    Marchez sur l’herbe douce ou sur le sable amer,
    Pour écouter en vous gronder et se répandre
    Le bruit de la foret et le bruit de la mer.



    Diffusion François Beauval
    1ér trimestre 1975



    J-G-R-C



     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Henri de  REGNIER   Si je vous dis ce soir

     

     

     

     16-02-2012

     


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    PROVERBE DU MONDE  08/03/2016

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    POÈME D’hier

     

     

     

    DORAT

     

     

     

    1734 - 1780

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    J’AI DES MOEURS

     

     

     

     

     

    Oui, quoiqu’au siècle dix huitième,

    J’ai des mœurs, j’ose m’en vanter.

    Je sais chérir et respecter

    La femme de l’ami qui m’aime.

     

     

    Si sa fille a de la beauté,

    C’est une rose que j’envie ;

    Mais la rose est en sûreté

    Quand l’amitié me la confie.

     

     

    Apres quelques faibles soupirs,

    Je me fais une jouissance

    De sacrifier mes désirs ;

    Et ne veux pas que mes plaisirs

    Coûtent les pleurs de l’innocence.

     

     

    Mais il est des femmes de bien,

    Femmes, qui plus est, d’importance

    (Et, dieu merci, sans conséquence),

    Qui, pour peu qu’on ait un maintien,

    Vous traitent avec indulgence,

    Et vous dégagent du lien

    D’une gothique bienséance.

     

     

    De ces dames là, j’en conviens,

    J’use ou j’abuse en conscience

    Sans jamais me reprocher rien ;

    Le mari même m’en dispense.

     

     

    Je sais trop ce que l’on leur doit

    Pour me permettre un sot scrupule ;

    C’est une bague qui circule

    Et que chacun met à son doigt.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

    J G R C

     

     

     

     

     

     

     13-02-2012


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    POÈME D’hier

     

     

     

    KAHN  Gustave

     

     

     

    1859 – 1936

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LIED

     

     

     

     

     

    Le bonheur vient comme son rodeur,

    On est morne, on laisse passer.

    On parle de l’ancien malheur,

    Et c’est fini de l’aube claire.

     

     

    Le malheur glisse de son repaire,

    On est enlacé près du foyer doux,

    On n’entend pas ses flous

    Et c’est fini de l’été clair

     

     

    Et puis plus rien ne vient jamais,

    On attend devant sa porte :

    Des indifférents entrent, sortent,

    Et c’est fini de la vie claire.

     

     

    Oh ! Belle ! Gardons nos mains unies,

    Tant d’êtres pleurent sur les genoux,

    Gardons une seule âme en nous,

    Notre joie claire.

     

     

     

     

     

     

    Diffusion François Beauval

    1ér trimestre 1975

     

     

     

     

    Collection poèmes amoureux
    J-G-R-C

     

     

     

     

    01-03-2012

     


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